Centrale solaire de Llo en Cerdagne : recours associatif contre des dérogations insoutenables

A la suite d’une enquête unique portant tout à la fois sur le permis de construire de la centrale solaire (150 000 m² de capteurs solaires sur 40 ha), sur la loi sur l’eau et sur la demande de dérogation pour détruire des espèces protégées, Mme la Préfète des Pyrénées-Orientales a donné satisfaction à un projet de destruction massive de la biodiversité.

Un projet expérimental inutile

La société pétitionnaire CNIM met en avant son désir d’obtenir une « référence commerciale majeure à l’international ». Car effectivement cette filière qui nécessite un climat chaud et sec n’a aucun avenir en France.

L’intérêt du dossier ne réside pas davantage dans les emplois créés – argument systématiquement utilisé pour obtenir des dérogations, notamment pour la destruction des habitats naturels et des espèces protégées. Rappelons qu’est annoncé le chiffre miraculeux de 8 emplois plein temps en période de gestion du site !

Dans ces conditions le prétendu intérêt public majeur du projet, prévu par le code de l’environnement, n’est pas démontré, encore moins une quelconque raison impérative pour cet intérêt.

Sur l’atteinte au paysage et aux terres agricoles

La Cerdagne est un Altiplano pyrénéen remarquable par sa situation au sein du massif et par son climat. Ses paysages sont visibles de tous les points hauts qui l’entourent et ses qualités esthétiques peuvent être facilement détruites par l’extension de l’urbanisation.

L’implantation sur près de 50 ha de capteurs entre EYNE et LLO, c’est à dire en plein cœur du plateau cerdan serait une atteinte majeure à ce patrimoine paysager. Elle est de nature à créer un traumatisme irréparable à l’harmonie jusqu’à présent maintenue entre terres cultivées et naturelles qui est l’atout essentiel pour le devenir de ces territoires.

La destruction des terres agricoles pâturées n’est pas prise en compte. On ne trouve dans le dossier aucun élément économique sur les pertes pour l’activité et les emplois agricoles alors que le projet porte atteinte aux terres les plus planes et les plus faciles d’accès.

Sur l’atteinte à la biodiversité

C’est le chapitre le plus lourd de conséquences car la centrale doit s’implanter au beau milieu d’une zone humide remarquable qui apparemment ne bénéficiera pas du plan national d’action du ministère de l’écologie pour les « Zones humides ».

La zone humide joue un rôle considérable – y compris dans l’évolution du climat – elle est constituée de prairies à joncs diffus relevant d’habitats prioritaires européens avec leur cortège de plantes remarquables et leur faune.

Ces milieux seront irrémédiablement détruits par des travaux de terrassement portant sur 100 000 m3 de remblais et de déblais.

Le dossier de dérogation concerne une longue liste d’espèces protégées à détruire, citons une station unique de 6 000 pieds de l’orchis de Martrin-Donos, des Lézards des souches et des Lézards des murailles, des batraciens comme la Grenouille rousse, pas moins de 13 espèces d’oiseaux qui s’y reproduisent, notamment le Chardonneret élégant, la Pie-grièche méridionale ou le Tarier des prés.

Le  plateau pastoral cerdan constitue le milieu montagnard le plus riche en faune d’abeilles sauvages de France. Il est le plus riche au monde en ce qui concerne les seuls bourdons.

Parmi les zones montagnardes projetées pour avoir un effet “Arche de Noé” pour la faune de ces pollinisateurs à l’échelle continentale, la zone de Mont-Louis est nommément citée comme la plus riche, notamment en raison des caractéristiques micro-climatiques de la haute Cerdagne. Les travaux de l’équipe du Professeur RASMONT, de l’Université de Mons, démontrent que c’est singulièrement la zone pastorale de ce plateau cerdan qui s’étend de Saillagouse à Eyne qui est le point focal de ce “hot spot”.

Cet aspect éminemment stratégique n’est ni évoqué ni pris en compte par le porteur de projet qui bénéficie pourtant des subsides publics et de l’appui inconsidéré des communes.

Un recours associatif

Le projet n’ayant fait l’objet d’aucune étude d’implantation alternative, ne pouvant pas être considéré  comme d’intérêt public majeur et ne permettant pas de maintenir les espèces protégées dans un bon état de conservation, son autorisation préfectorale piétine sans vergogne le code de l’environnement.

Face à la destruction de 50 hectares d’une biodiversité remarquable, la seule question qui se pose :  pourquoi un tel choix dans un tel endroit ? C’est la question que devra trancher le tribunal administratif de Montpellier à la demande de la Fédération pour les Espaces naturels et l’Environnement des Pyrénées-Orientales (FRENE 66), membre de France Nature Environnement.

Ecrire à la FRENE66

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France Nature Environnement Languedoc Roussillon (FNE LR) rassemble les forces associatives et citoyennes pour la défense de l’environnement en Languedoc Roussillon. Elle est membre de la fédération nationale France Nature Environnement. Pour en savoir plus.